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Petit texte d’exercice d’écriture créative avec la consigne de faire un texte court en utilisant les mots suivants :baignoire, horizon, feuillets, téléphone, bizarrerie, immigrant et l’image ci-dessous.

Dans les pas de son aïeule

Jane fit rouler sa valise jusqu’au comptoir et appuya sur la sonnette.

Elle jeta un œil autour d’elle. Le hall était charmant et désuet. Les boiseries parfaitement cirées et un bouquet de fleurs fraîches conféraient à l’ambiance une touche chaleureuse et soignée.

Une femme âgée se présenta derrière le comptoir. D’emblée, son accueil et son sourire mettaient à l’aise. Elle la trouvait tout de suite sympathique mais elle voulait se donner du temps pour faire sa connaissance et évoquer ses souvenirs. Elle voulait d’abord se reposer un peu. Le trajet de plusieurs heures sous la pluie l’avait épuisé.

Elle ne rêvait que d’une chose : s’installer dans sa baignoire pour un long moment de détente.

Après cet intermède, elle se sentait enfin d’attaque pour replonger dans sa lecture. Elle avait découvert quelques semaines auparavant, lors du décès de sa grand-mère, des notes personnelles, une sorte de journal intime retraçant la vie de son aïeule. Celle-ci avait été une simple immigrante débarquant enfant avec ses parents soixante dix ans plus tôt. Depuis elle avait construit un empire financier faisant d’elle une des femmes les plus puissantes de Manhattan. Son parcours avait de quoi fasciner, sa petite fille en premier lieu.

Jane était en plein doute sur ses capacités et ses envies réelles de reprendre les rênes de la holding familiale. A la lecture des premiers feuillets et sur un coup de tête, elle avait réservé dans cet hôtel. Sa grand-mère le décrivait comme un refuge, un lieu accueillant où elle avait passé sa première nuit sur le sol américain avec ses parents.

Elle avait besoin de renouer des liens avec sa grand-mère disparue. Elle voulait être sûre de vouloir vivre cette vie à laquelle son aïeule l’avait préparée. Serait-elle sa digne héritière, suffisamment dure pour affronter le monde des affaires ?

Deux trois jours loin de son environnement habituel l’aiderait à y voir plus clair, d’où cette décision subite de venir en ces lieux. Elle avait besoin de changer d’horizon, loin du bureau, sans téléphone, ni ordinateur connectés en permanence.

L’hôtel, après deux jours, lui paraissait toujours aussi charmant. Elle avait fait plus ample connaissance avec sa propriétaire. Celle-ci était si agréable qu’elle avait l’impression de passer quelques jours chez une vieille tante attachante.

Elle lui avait parlé de l’hôtel soixante-dix ans plus tôt tenu par ses parents. Des personnes bienveillantes qui accueillaient souvent des personnes en difficultés comme ça avait été le cas pour les ancêtres de Jane. Elle avait perpétué cette tradition familiale, tendant toujours la main aux démunis.

Au matin du troisième jour, Jane descendit pour son petit déjeuner et trouva sa logeuse triste et désappointée. Elle venait de recevoir une lettre d’expulsion. Après plusieurs mois de bataille, elle avait perdu.  Son hôtel, ce trésor qu’elle entretenait avec amour pour le transmettre à sa petite fille, allait être rasé. Un promoteur allait détruire tout le quartier pour construire un centre commercial.

Jane prit le feuillet que la vieille dame lui montrait.

Elle ne vit qu’une chose : le logo, en haut de la page. Celui de l’une de ses sociétés !

Elle n’avait pas réalisé que l’un de ses projets immobilier touchait ce quartier paisible, ici à Philadelphie. Ses collaborateurs s’étaient chargés des détails. Elle avait supervisé de Manhattan.

Une des bizarreries de la vie est que la réponse à une question existentielle venait rarement par où on l’attendait…Maintenant, elle savait !

Jane fit rouler sa valise dans le hall, jusqu’à la porte, après avoir jeté un dernier regard à la vieille dame.

Elle souriait ! Elle appliquait l’un des principes de base en affaire, inculqué par sa grand-mère : Il fallait savoir faire table rase du passé et avancer sans s’attendrir ni regarder en arrière.

Elle serait la digne héritière de celle qu’on appelait dans le milieu des affaires « la femme sans cœur ». Dans quelques semaines, ici on entendrait le bruit des tractopelles.

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